Une révolte née de l’inaction
Le blocage a éclaté après des affrontements meurtriers à Lyankou, commune voisine, le vendredi 3 octobre. Des membres de groupes d’autodéfense locaux, soutenant la PNH contre Gran Grif, ont été blessés ou tués. « On ne peut plus vivre comme ça. Le gang tue, kidnappe, viole, et l’État ne fait rien », confie un habitant de Pont-Sondé sous couvert d’anonymat.
À Lorenzo, les voyageurs rapportent des jets de pierres et de bouteilles, rendant la zone impraticable. Ces barricades, érigées par des centaines de résidents, bloquent l’accès à une route essentielle pour le transport de denrées et de médicaments vers le nord.
Ce mouvement reflète l’exaspération d’une population laissée à elle-même. L’Artibonite, grenier à riz d’Haïti, est asphyxiée par la violence. « Si on ne se lève pas, qui le fera ? » lance une femme à une barricade, machette à la main. Les manifestants demandent la destruction de la base de Savyen et la fin de l’impunité du gang, responsable d’enlèvements, d’extorsions et de massacres.
Le souvenir douloureux du massacre de 2024
Le 3 octobre 2024, Gran Grif avait attaqué Pont-Sondé, tuant au moins 115 personnes dans une opération nocturne brutale. Arrivés par la rivière Artibonite, les bandits ont arraché des familles de leurs maisons, les forçant à marcher 12 kilomètres vers Savyen, où beaucoup furent exécutés.
Ce massacre, l’un des pires de l’histoire récente haïtienne, visait à punir les résistances locales aux rackets du gang. Un an plus tard, aucun responsable n’a été arrêté, et Gran Grif continue de régner. « On commémore nos morts, mais on vit encore dans la peur », déplore un survivant.
Une réponse gouvernementale insuffisante
Le Premier Ministre Garry Conille avait qualifié le massacre de 2024 de « crime contre la nation », promettant justice. Pourtant, les renforts promis – unités d’élite de la PNH et appui de la Mission Multinationale de Soutien (MSS) dirigée par le Kenya – tardent à se matérialiser.
En décembre 2024, un millier de résidents avaient manifesté devant le commissariat de Pont-Sondé, réclamant une offensive contre Savyen. Le commandant kenyan Philippe Chimoatiya avait juré d’« en finir avec Gran Grif », mais les résultats se font attendre.
Les sanctions de l’ONU et des États-Unis contre Luckson Elan, chef du gang, et l’ex-député Prophane Victor n’ont pas affaibli leur emprise.
Un appel à l’action urgente
Ce blocage paralyse l’économie de l’Artibonite et menace l’approvisionnement en vivres. La Croix-Rouge haïtienne alerte sur une crise humanitaire imminente. Les manifestants, organisés en comités de vigilance, refusent de céder. « Pas de justice, pas de passage », scandent-ils.
Pour éviter l’escalade, le gouvernement doit agir vite : déployer des forces conséquentes, sécuriser la RN1 et engager un dialogue avec les communautés. Sans cela, l’Artibonite risque de s’enfoncer dans un cycle de violence et de désespoir.
